Le Brutalisme anglais, une histoire d'éthique ?

 

Dans les années 50, le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est un immense chantier de construction. Le problème de la reconstruction des villes et du relogement est donc au centre des préoccupations des architectes, un terrain d’expérimentation unique. Le brutalisme est né sur les ruines de l’après-guerre et s’est développé comme étant une historiographie de réévaluation de l’architecture moderne technicienne de l’après-guerre, il était un processus théorique avant d’être pratique.

L’architecture brutaliste se définit essentiellement comme étant un style architectural d'origine anglo-saxonne issue du modernisme entre les années 50-70, il passa par 2 phases distinctes, restreinte qu’on qualifia de « brutalisme anglais » mais également large nommé «brutalisme international » qui s’est développé par la suite à travers le monde.


L’histoire de l’origine du terme « néo brutaliste » est toujours confuse, selon le critique Reyner Banham, il a été employé pour la 1ére fois par Hans Asplund pour définir les architectes Bengt Edman et Lennart Holm à travers leurs maison Göth, le terme aurait été importé en 1951 à Londres et adopté après par les Smithson.

 
 
Maison Göth, Bengdt edman, Lennard Holm | 1950  © Creative Commons Attribution (CC BY)

Maison Göth, Bengdt edman, Lennard Holm | 1950

© Creative Commons Attribution (CC BY)


Alison et Peter Smithson  © Museumofbatharchitecture

Alison et Peter Smithson

© Museumofbatharchitecture

Banham évoqua dans son livre « New Brutalism » que le premier bâtiment à avoir été appelé néo brutaliste concernait l’école secondaire de Hunstanton (1949-53)  à Norfolk par les Smithsons et la désigne comme un « essai de création d’architecture par assemblage de matériaux bruts ». Esthétique de matériaux laissés bruts, tuyaux et joints acier laissé apparents, le bâtiment entier est lisible depuis l’extérieur, par sa vérité structurelle, elle emprunte à l’architecture de Mies Van der Rohe (Alumni Memorial Institut Hall d’Illinois 1945-46) son honnêteté. Ce n’est pas seulement une esthétique et vérité des matériaux mais pour voir la « réalité d’une manière objective ». Il définit ce qu’il en est du brutalisme : «Les qualités de cet objet peuvent être résumées comme suit : 1, une lisibilité formelle du plan; 2, une claire exposition de la structure; 3, une mise en valeur des matériaux à partir de leurs qualités intrinsèques, telles qu’ils sont trouvés»

Alumni Memorial Hall Institut d’Illinois, Mies Van der Rohe | 1945-46  © Brutalismus

Alumni Memorial Hall Institut d’Illinois, Mies Van der Rohe | 1945-46

© Brutalismus

L’école secondaire de Hustanton, Norfolk, Alison et Peter Smithson | 1949-45  © Forcevitalemalaquais

L’école secondaire de Hustanton, Norfolk, Alison et Peter Smithson | 1949-45

© Forcevitalemalaquais

L’école d’Hunstanton affichait une attitude qui a donné corps et englobait une série de notions complémentaires au brutalisme tel que :

  • Responsabilité : Engagement de l’architecte vis-à-vis de la société et l’intégration de l’architecture dans un cadre fixé par la société et les exigences de l’urbanisme

  • Vérité : Procédé qui montre le mode de construction, citant ainsi Louis Kahn qui définit le volume architectural «Je pense qu'un espace architectural est un espace dans lequel il est évident comment il est fait»

  • Objectivité : Exigence exprimée par l’usage auquel la construction est destinée

  • Rigueur : Utilisation et mise en œuvre des matériaux tel qu’il se trouve

  • Transparence : Rendre visible à l’extérieur la condition logique de la pensée directrice du programme et l’organisation spatiale, ossature de la construction et nature des matériaux

  • L’image : Cette notion considère qu’une œuvre architecturale doit avoir une identité visuelle appréhendable. La forme doit être éloquente du contenu et de la fonction du bâtiment

L’école secondaire de Hustanton, Norfolk, Alison et Peter Smithson | 1949-45  © Wikiarquitectura

L’école secondaire de Hustanton, Norfolk, Alison et Peter Smithson | 1949-45

© Wikiarquitectura

L’école secondaire de Hustanton, Norfolk, Alison et Peter Smithson | 1949-45  © architectsjournal

L’école secondaire de Hustanton, Norfolk, Alison et Peter Smithson | 1949-45

© architectsjournal

Aucune notion n’est nouvelle mais leurs rapports respectifs caractérisent cette architecture brutaliste, on remarquera que la fonction n’est plus au centre du débat mais plutôt la perceptibilité et cohérence du bâtiment en tant qu’entité visuelle.

Le Corbusier qui dira que « l’architecture, c’est avec des  matériaux bruts, établir des rapports émouvants ».


The Independent Group, de gauche à droite : Nigel Henderson, Eduardo Paolozzi, Alison Smithson, Peter Smithson  © Nigel Henderson Estate

The Independent Group, de gauche à droite : Nigel Henderson, Eduardo Paolozzi, Alison Smithson, Peter Smithson

© Nigel Henderson Estate

Exposition «Parallel of Life and Art» Institute of Contemporary art. 1953  © Ouno Design

Exposition «Parallel of Life and Art» Institute of Contemporary art. 1953

© Ouno Design

Le brutalisme était une entité qui n’était pas exclue du monde artistique, les Smithsons remettaient en cause l’architecture rationaliste du mouvement moderne, chose qui leur a amené dans une recherche « primitive » des principes fondamentaux de la vie communautaire afin de renouveler la conception spatiale et répondre aux aspirations humaines. « La lutte héroïque de la première ère du mouvement moderne nous a étroitement procédé, ce qui nous donne un sens de responsabilité morale pour nous inventer à notre tour des formes appropriées à l’ère nouvelle d’après-guerre. Des formes d’une force équivalente, mais dans une manière différente, répondant aux plus complexes nécessités de notre temps » Alison & Peter Smithson

 Les références artistiques s’interpénètrent avec l’architecture, les Smithson rejoignent « Independent Group », composé de jeunes architectes, artistes et critiques qui ont un but commun : apporter des changements dans la conception trop moderniste de l’art contemporain, apporter des notions de la culture de masse et l’esthétisme de l’objet trouvé. Pour l’art, il se développa dans les peintures de Jean Dubuffet à travers « l’art brut » mais aussi la naissance du Pop art, en architecture il s’est exprimé dans le brutalisme. Enfin Reyner banham synthétisera le néo-brutalisme en disant « Ce qui caractérise le néo-brutalisme, au bout du compte, en architecture comme en peinture, c’est précisément sa brutalité, son je m’en foutisme, son côté buté »